Avant d'être l'un des plus solides
piliers de la scene death metal Européenne, Pestilence jouait
du thrash (comme presque tout le monde en 1988), avant de sortir l'abominable
"Consuming Impulse" le groupe offrit au public un premier
album thrashisant, donc,. "Malleus Maleficarum" qui permit
au groupe de faire une entré fracassante sur la scène
extrême, pourtant très active, du vieux continent.
S'il ne s'agit de l'album le plus original du siècle, la galette
est bien ficelée, bourrée de riffs sautillants, nerveux
et acérés. Les morceaux sont sans temps morts, le groupe
ayant un réel talent de composition lui permettant de ne jamais
être lassant ou inintéressant. Tout s'enchaîne parfaitement,
les refrains sont bien marqués (sur "Parricide" ou
"Chemo-Therapy" par exemple, repris en chœur comme à
la grande époque), les solos, nombreux, toujours opportuns ("cycle
of existence") sont longs et laissent deviner le talent de Mameli
qui ne cessera de progresser dans son approche mélodique jusqu'à
"Spheres", dernier album du groupe.
Pestilence prend soin de ses compos, il les aère, nous surprend
break après break, harmonise ses riffs (le toucher Pestilence)
quand cela est nécessaire, ralenti ou accélère
brutalement sans prévenir mais toujours très adroitement.
Le groupe n'oublie pas non plus d'être terriblement efficace et
nous inflige régulièrement quelques riffs bulldozer ("Bacterial
Surgery"), ou autres cavalcades rythmiques qui firent la gloire
du style il y a maintenant près de deux décennies.
Même s'il s'agit d'un premier album, la griffe Pestilence est
déjà bien présente à tel point que certains
riffs n'auraient pas dépareillé s'ils avaient été
incorporés au sublime "Testimony of the Ancients",
la recherche de la mélodie dans cet univers sonore bouillonnant
était dès ce premier opus une préoccupation importante
pour nos amis Bataves qui emplissent leurs morceaux de plans plus aériens,
parfois beaux (oui oui !!) tranchant radicalement mais intelligemment
avec la furie thrashisante de l'album.
Cette obsession pour la mélodie trouve son incarnation dans l'instrumental
"Osculum Infame", titre délicieusement inquiétant
composé de solos maladifs génialement posés sur
un tapis d'arpèges acoustiques simples mais magnifiques. Ambiance
réussie !
"Malleus
Maleficarum" est porté par des musiciens talentueux qui
mettent leurs compétences au service de leurs morceaux (l'inverse
n'est jamais très heureux), en témoigne la prestation
de Marco Foddis qui derrière ses fûts n'en fait jamais
trop, se contentant de mettre les compos en valeur avec cet art de trouver
le pattern juste qui va décupler la puissance d'un riff.
Le
groupe laisse entrevoir le virage death metal qui sera pris sur l'album
suivant, "Subordonate to the domination" par exemple voit
le groupe jouer sur un tempo moins rapide, moins nerveux et devenir
plus sombre.
Quelques plans disséminés sur cet album plus lourds, plus
ombreux que les autres annoncent "Consuming Impulse" et permettent
à ce "Malleus Maleficarum" de se distinguer des centaines
d'albums de thrash sortis à cette période. Les vocaux
de Van Drunen ne sont évidemment pas étrangers à
cette évocation death metallique, il est (beaucoup) plus violent
que la majorité des chanteurs thrash du moment et confère
à cet album un aspect particulièrement agressif.
La
production est vieillote aujourd'hui, même si elle rend parfaitement
hommage à l'énergie déployée sur cette rondelle,
mais elle n'est certainement pas pire que les sons plastifiés
des fausses grosses productions actuelles. Tout est parfaitement audible
et surtout tout est parfaitement authentique.
Un
premier essai totalement réussi, " Malleus Maleficarum"
n'est pas "Reign In Blood" ou "Pleasure To Kill"
dans la mémoire collective mais reste néanmoins un très
bon album de thrash fougueux, riche et dense, regorgeant de plans géniaux
qui feront par la suite la gloire du groupe. Gagne à être
connu, puis reconnu !