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Tracklisting:
1/ Suspended in light
2/ The doorway
3/ Under the surface
4/ The last you'll know
5/ Belief
6/ Exist
7/ End of the harvest
8/ Descent
9/ Away
10/ Times of grace
11/ The road to sovereignty
20/20 |
Comment
donner suite à un monument tel que Through Silver In Blood
? Neurosis peut-il aller encore plus loin dans la tension et la violence
tout en préservant son style ? Peu avant la sortie de Times
Of Grace, les spéculations vont bon train. Comment cela va-t-il
sonner. Déjà, on peut s’attendre à un changement
de taille dans le son car Billy Anderson (Melvins, Eyehategod, Buzzoven),
responsable d’une production dantesque sur les précédents
albums, laisse sa place à Steve Albini (Nirvana, Shellac, Zeni
Geva). Ça joue gros ! Comment Albini va traiter le son du groupe
?
Finalement Times Of Grace arrive sur nos platines. Le son a certes
changé mais ne dessert en rien la puissance de Neurosis. Albini
donne plus d’air, modifie quelque peu le grain des guitares,
leur conférant plus d’espace tout en maintenant ce côté
terriblement heavy qui est la marque de fabrique du groupe. C’est
toujours très organique mais ça respire plus, c’est
davantage lisible et clair.
Suspended In Light ouvre l’album. Intro instrumentale à
la fois plombée et aérienne. Neurosis navigue entre
deux eaux, le ton est donné. Les pieds embourbés dans
l’univers terrifiant de Through Silver In Blood mais les bras
levés vers le ciel, Neurosis ouvre véritablement les
hostilités avec un The Doorway massif et teigneux, rappelant
par moment les ambiances chaotiques d’Enemy Of The Sun. Sauf
que ce coup-ci, le groupe ne plonge plus vers le fond mais cherche
le passage vers un autre univers, moins sombre et froid que celui
découvert sur Through Silver In Blood. La remontée se
fait longue et difficile. Under The Surface emboîte le pas sur
un fond de percussions et des cris plaintifs de Steve Von Till, jusqu’à
que Scott Kelly reprenne sa guitare et le micro, secondant son acolyte
démontrant la puissance dont peut faire preuve Neurosis. Et
là c’est le tourbillon. On se retrouve entraîné
par une force monumentale qui ne se calmera que le temps d’une
pause orchestrée par des violoncelles avant de repartir de
plus belle dans ce tourbillon. Vers la surface ? Peut être.
En tout cas elle semble difficile à atteindre. Il faudra d’abord
passer par l’épreuve qu’est The Last You’ll
Know, bloc monolithique de lourdeur et de puissance, fantastiquement
prenant et lancinant. Peut être le meilleur morceau de l’album.
Les morceaux suivant continuent cette remontée, ou plutôt
cette échappée du monde des angoisses mais l’ambiance
générale reste sombre. On sent que Neurosis a passé
un certain cap mais garde quelques séquelles de ses voyages
passés. La surprise arrive avec Away, dont la première
moitié acoustique avec Steve Von Till chantant de sa voix grave
et claire nous fait passer quelques minutes d’un calme absolu
avant que Scott Kelly ne rentre avec un riff très dépouillé,
appuyé par une batterie elle-même éparse, tout
en hurlant dans le lointain. Away, c’est le calme avant la tempête,
c’est la période de gestation avant la (re)naissance,
c’est le sourd grondement de la terre avant l’explosion
qu’est Times Of Grace, énorme morceau titre laminant
tout sur son passage, loup cracheur de feu en conquête d’un
nouveau territoire. Ça y est, Neurosis passe franchement le
cap, est quasiment arrivé en haut de la pente qu’il remontait
laborieusement. Hymne à la vie ? A la manière de Neurosis,
oui. Cet album est quand même spécialement dédié
aux enfants des musiciens.
Times Of Grace aurait pu très bien conclure ce disque mais
c’est mal connaître les San Franciscains qui se font un
malin plaisir à laisser entrevoir des perspectives avec ce
Road To Sovereignty, réponse au Suspended In Light du début.
Affaire à suivre.
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