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Tracklisting:
1. Burn
2. No River To Take Me Home
3. The Eye Of Every Storm
4. Left To Wander
5. Shelter
6. A Season In The Sky
7. Bridges
8. I Can See You
20/20 |
Neurosis
obéit à une logique implacable. Sa logique. The Eye Of
Every Storm, sa dernière offrande, ne me fera pas mentir. Cet
album est celui auquel on pouvait s’attendre si on avait capté
la démarche ascendante du groupe mise en branle dès Times
Of Grace et confirmée par A Sun That Never Sets. Oui, cet album
est d’une logique implacable dans la carrière des barbus
mais Neurosis est bien plus fort et fin que ça, car The Eye Of
Every Storm, malgré tous ses clins d’œil aux disques
précédents et aux projets solos de Steve Von Till et Scott
Kelly, parvient encore à surprendre son auditeur, et avec brio
en plus.
Ouverture de l’album, les Californiens dérogent à
la tradition de l’intro instrumentale. Démarrage sur les
chapeaux de roue avec un Burn très rock dans le son (toujours
signé Steve Albini) et le tempo. On n’en est pas encore
à danser le yéyé mais on se prend à taper
du pied et hocher de la tête. Evidemment, du rock joué
par Neurosis, ça reste… neurosien. A savoir que même
si le morceau reste très entraînant, on retrouve cette
mélancolie propre au groupe et surtout ce savoir-faire du riff
de fin de bâtard, imparable, diablement efficace. Et puis les
voix… plus chantées que criées. Les projets solos
se font sentir. La rage d’antan n’est plus là mais
l’énergie perdure.
La suite de l’album se fait beaucoup plus calme et plus lourde.
Neurosis fait ici un énorme travail sur les ambiances. Les riffs
sont épurés, le clavier prend de plus en plus de place,
la batterie disparaît même pendant des passages entiers
(The Eye Of Every Storm, Bridges). Et puis il y a ces quelques riffs
de fin, d’une simplicité outrageante, mais d’une
telle beauté comme sur No River To Take Me Home ou Bridges. A
les écouter, on en serait presque à penser que Dieu existe
(j’ai bien dit presque à penser, faut pas déconner
non plus) tellement c’est beau. C’est le genre de riff qui
justifie la touche retour rapide et une multiplication des écoutes.
Neurosis s’essaye aussi à quelques passages drone du meilleur
effet (Bridges) sans pour autant plagier les ténors du genre.
Ces passages drone sont les passages les plus sombres et les plus tendus
de l’album. Et quand je dis sombre, c’est sombre. L’œil
du cyclone est certes l’endroit le plus calme de la tempête
mais les turbulences se font sentir tout autour. Oui, Neurosis s’est
assagit, vieillit, c’est indéniable. Que ceux qui attendent
un Enemy Of The Sun II rentrent chez eux. Mais n’oublions pas
cependant d’où ils viennent, ou reviennent. Rappelez-vous
toute la période antérieure à Times Of Grace. Vous
comprendrez pourquoi on sent toujours cette tension sous-jacente dans
leur musique, même si maintenant elle se fait très aérienne,
à l’image de leur artwork, épuré au possible
(la version vinyle chez Neurot est d’ailleurs très belle).
Oui, l’évolution de Neurosis paraît logique, sans
aucun doute. Nul groupe n’aurait survécu aussi longtemps
à tant de tensions et de ténèbres sans s’y
perdre. Bien que cet album soit très controversé, c’est
cette lucidité qui me plait dans ce groupe. Cette capacité
à se renouveler sans cesse tout en gardant son style, ses racines,
mais de manière subtile. Cet album est grand, cet album est beau
et mérite à mon sens la note maximale, que ce soit pour
le disque dans son unité ou pour sa place dans une discographie
quasi parfaite. Maintenant, on peut se demander quelle sera la prochaine
sphère visitée par les 6 de San Francisco. En attendant,
merci messieurs, 1000 fois merci.
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