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Tracklisting
:
1
- Heartache
2 - Ruined
19/20 |
Godflesh
est mort. On aura beau pleurer, rien ne le fera ressusciter. Emmerdant
pour un nom à consonance divine. Et frustrant pour toute une
génération de fans élevés à ces rythmiques
martiales et ces ambiances froides et oppressantes, dépeignant
une réalité sordide et hostile. Godflesh est mort mais
son créateur, Justin K Broadrick, lui, est toujours vivant. Vivant,
actif et créatif. Il suffit de voir (entendre) le nombre de projets
et de participations du Monsieur pour se rendre compte que l’inspiration
ne lui manque pas. Tant mieux pour nous.
Godflesh est mort. Mais son esprit perdure dans son héritier.
Ironie ou cynisme que de l’appeler Jesu ? La terminologie religieuse
a toujours été présente dans l’œuvre
de Broadrick. Aucune raison de s’arrêter là.
La première offrande de Jesu s’appelle Heartache. Clin
d’œil à Earache, le légendaire label qui a
réussi à faire fuir tous les groupes qui ont fait son
succès ? Ou juste état des lieux du feeling actuel de
Broadrick ?
Peu importe. Juste pour ouvrir une parenthèse, ce disque a été
enregistré après l’album éponyme de Jesu
mais est sorti quelques mois avant. Broadrick assure l’enregistrement
de tous les instruments.
Heartache s’ouvre sur le titre éponyme, long de 19, minutes.
Godflesh est mort mais l’esprit perdure. La rythmique sèche
et martiale le rappelle douloureusement. Pourtant, Jesu possède
ses atouts propres et ne se repose pas sur les acquis de son glorieux
aîné. Cette rythmique dure et agressive, lourde au possible,
laisse progressivement la place à des ambiances plus éthérées,
à la fois très lumineuses et terriblement mélancoliques.
Une sorte de tristesse apaisée et apaisante, avec ce sentiment
d’abandon et de résignation mais qui ne sent pas la défaite.
J’avoue que cet assez dur de décrire les émotions
dégagées par la musique de Jesu tant celles-ci semblent
contradictoires mais se mélangent entre elle à merveille.
Très peu de groupes peuvent se vanter d’avoir réussi
à capter ce sentiment de mélancolie. De mémoire,
j’ai quelques noms de groupes punks en tête, où la
musique semble entraînante et joyeuse à première
vue mais transpire la dépression quand on s’y penche de
plus près. Jesu y rajoute la lourdeur et la systématique
du riff. Broadrick s’essaye maladroitement à la voix claire
(essai déjà entamé lords de Godflesh). Ça
reste très approximatif mais la tonne de réverb arrive
à corriger le tir).
Première impression confirmée par Ruined, l’autre
morceau de cet EP, où l’intro de piano, minimaliste, prend
le temps de se développer avant de laisser place à un
de ces riffs écrasants dont Broadrick a le secret. C’est
gras, c’est lourd, on se laisse facilement entraîner dans
en hochement ample et lent de la tête, complètement hypnotisés
par cet espèce de groove malsain et implacable. Les sons plus
tordus les uns que les autres se superposent. Guitares, synthés,
dur de savoir. Broadrick est un tel génie du bidouillage sonore
qu’il peut nous faire croire ce qu’il veut. Le tempo s’accélère
légèrement, la voix devient plus écorchée.
Godflesh refait surface une fois de plus le temps de quelques minutes
avant de laisser la place à ce son complètement distordu,
prélude aux huit dernières minutes, fantastique montée
(ou plongée ?) épique submergeant littéralement
l’auditeur d’une surcharge émotionnelle incroyable,
mariant à merveille lourdeur pachydermique et harmonies divines
avant d’enchaîner vers un duo guitare claire / nappes de
claviers des plus réussi. Tout simplement magnifique. Le genre
de passage qu’on peut écouter 10 fois de suite sans se
lasser une seconde. Merci ! Encore merci pour m’avoir fait toucher
le ciel.
Certains reprocheront à cet EP le côté kitch de
certains sons. D’autres le côté assemblage de riffs.
Mais ces sons font partie intégrante de l’univers sonore
de Broadrick. Ils sont sa marque de fabrique. Et les riffs, bien que
très différents les uns des autres, sont enchaînés
avec intelligence, sans jamais casser l’unité du morceau.
Du grand art.
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