TOI AUSSI MONTE UN GROS ZINE DE NAZE QUI EN JETTE UN MAX!!
Introduction
Tu veux fonder ton propre zine? Ce n'est pas difficile.
En y réfléchissant un peu, tu peux toi-même trouver la
méthode qui va t'assurer à coup sûr un certain succès.
Mais dans le soucis d'épargner ta cervelle, qui sera bientôt
mise à très rude épreuve par l'écriture de centaines
de chroniques laudatives d'albums ratés que t'enverront les labels,
je vais prendre le temps de te conseiller. Mais la toute première étape,
que je ne peux pas faire à ta place, c'est de prendre connaissance
de ce qui se fait en la matière.
Presque tous ces sites web, qui seront de grandes sources d'inspiration pour
toi, tentent d'ériger la chronique chiante et standardisée en
art noble. Ses auteurs, qui s'auto-proclament "expérimentés",
"passionés", ou même "professionnels", sont
évalués en fonction de l'impression de sérieux et de
connaissance qu'ils donnent... par des lecteurs partageant souvent les mêmes
péoccupations qu'eux. C'est bien pratique. Ainsi, les mauvais chroniqueurs
n'existent pas, et les mauvais webzines non plus. Alors profites-en. Gaspille
bien ton temps sur ces zines où quelques petites vedettes du web deviendront
tes professeurs de metal. C'est une formation diplomante, grâce à
laquelle tu pourras enfin le monter, ton super webzine de six cent soixante-sixième
zone. Dans le cas contraire, cette formation te permettra tout de même
d'impressionner des gothopouffes tout juste majeures, et de les draguer au
comptoir du webzine local.
Après un bon voyage d'au moins quelques mois dans ce petit monde, tu
pourras aisément mesurer à quel point les conseils donnés
dans ce papier sont bons. Attaquons donc sans plus attendre avec une question
qui fâche: pourquoi monter son zine?
Pourquoi
ziner?
Eh oui pourquoi? Pourquoi surcharger encore un peu plus le web d'un zine metal
qui ne fera que copier d'autres zines qui se copient déjà tous
entre eux? Pourquoi? Mais pourquoi? Mon conseil: ne te pose pas la question.
Avoue-toi, mais ne reconnais jamais publiquement, que la seule justification
de ton zine, c'est précisément que c'est ton zine. Voilà
déjà un gage de sa supériorité sur les autres
avant même sa création! Tu ne feras pas juste un webzine de plus,
tu feras un webzine qui bénéficiera de tout ton génie,
de toute ta science. C'est sûr, tous les métalleux du web t'attendaient
sans vraiment oser se l'avouer. Quoi? Tu as des doutes? Mais non! Ne doute
de rien, et surtout ne doute pas de toi! C'est à ça qu'on reconnait
les chroniqueurs d'élite!
Les
prérequis
Avant de te lancer dans l'aventure, tu as intérêt à t'assurer
que tu as les prérequis pour monter un zine. Mais ne te désespère
pas d'avance! Les prérequis sont assez maigres en réalité.
Même si tu n'as encore jamais écouté de metal de ta vie,
tu pourras monter ton zine. Même si tu es absolument infoutu de comprendre
quoi que ce soit à toute oeuvre vraiment personnelle, ou alors après
cinquante écoutes seulement, tu pourras monter ton zine. D'ailleurs,
ces cinquante écoutes, tant que ta réputation n'est pas encore
faite, tu as intérêt à te les farcir. Comme la plupart
des métalleux sont autant handicapés des oreilles et du cerveau
que toi, elles te permettront d'écrire des chroniques expliquant à
quel point on tient là un album difficile d'accès, un album
d'élite, mettant ainsi en pleine lumière, sans en avoir l'air,
à quel point tu es doué pour écouter tant de choses si
chiadées et si différentes! Mais attention! Une fois que ton
zine et toi serez un minimum réputés, tu n'auras plus le temps
de caser 50 écoutes. Ni même 5 ou 10, ou alors seulement pour
les disques que tu préfères. Donc tu ne pourras plus espérer,
avec si peu de temps, venir à bout d'un album trop personnel... alors
il te faudra parfois ruser dans les chroniques pour qu'on ne voit pas trop
facilement (malheureusement ça se voit toujours un peu de toute façon)
que le problème vient de toi et de ta minable qualité d'écoute,
et non du disque. Même si tu es totalement nul en rédaction,
tu pourras monter ton zine. Il te suffira de pomper de manière concentrée
et rigoureuse les plans types et les grosses ficelles des webzines à
succès. Il faut savoir que la plupart de tes lecteurs lisent au final
trop peu (de chroniques ou autre) pour se rendre compte de l'arnaque.
Remarque: "pomper" est un mot-clé de ce texte.
En fait des prérequis il n'y en a pas cinquante. Il y en a un: tu dois
assurer un minimum vital dans les relations humaines, car la communication,
au sens le plus "commercial" du terme, est primordiale. Mais par
chance c'est plus facile à faire sur la toile que dans la vie! Cool
non?
Ca y est, tu es rassuré? Tu es motivé? Tu es prêt à
travailler beaucoup et vite pour te lancer dans cette grosse entreprise? Si
ce n'est pas le cas, tu n'es pas digne de webziner. Car pour webziner sans
couler, il faut avoir l'estime des autres webzines, et l'admiration des lecteurs.
Et pour cela, il faut qu'on ait l'impression en te lisant que tu sacrifies
beaucoup de ton temps pour ton zine, que tu travailles beaucoup, bref, que
tu fais ce boulot de manière sérieuse et professionnelle.
Remarque: "professionnel" = deuxième mot clé.
Mais là encore, ne t'inquiète pas plus que cela. Il faut travailler
beaucoup et vite, mais, pas forcément bien. Car ces gens qui t'aideront
à te sentir génial, qui t'accueilleront dans cette grande famille
où il n'y a pas de concurrence (ha ha ha ha!), ne perdront jamais leur
temps à engager une lecture critique de ta prose! Ils savent à
l'avance qu'elle ne vaut ni plus ni moins que la leur!
Remarque: "critique" est aussi un mot clé. Mais ce mot clé
n'est pas un mot clé pour toi. Ce mot clé est ton ennemi. Ce
n'est pas lui qui te mènera à la réussite.
Allez! Maintenant que je t'ai convaincu (j'en suis sûr), que tu pouvais
monter ton zine, passons à la technique.
La
technique
Toute première étape: trouve des collaborateurs qui ont les
mêmes motivations que toi. Essais de réunir entre cinq et dix
personnes assez rapidement. Quinze ou vingt personnes si tu souhaites, d'ici
cinquante ans, pouvoir concurrencer les zines les plus fournis. Assure toi
que tes collaborateurs n'ont rien à apporter de plus que toi. Sinon
ils finiront par te virer du zine tellement que tu passeras pour un gros nul.
Pour gagner du temps, tu devrais aussi t'assurer qu'ils ont les mêmes
goûts que le public ou qu'une partie du public. Ce n'est pas obligatoire
vu que c'est juste pour gagner du temps. Le fin du fin c'est d'avoir des chroniqueurs
dont les goûts sont exactement les mêmes que ceux de différentes
parties du public. Comme ça, ton zine donnera l'illusion d'une très
grande ouverture d'esprit musicale, même si elle n'est en réalité
qu'une somme d'étroitesses d'esprit différentes. Dans l'équipe
il doit y avoir un webmaster, qui sait déjà faire ou qui va
apprendre. Apprendre, ce n'est pas long. Si tu veux faire un site PHP dans
l'air du temps qui ressemble aux autres (cas de la plupart des zines metal
aujourd'hui), ce sera même très court. En y consacrant assez
peu de temps chaque jour, tu apprendras ça en quelques semaines maximum.
Maximum. Et puis tu auras ainsi un site avec une présentation qui épatera
tous les ignorants qui n'ont aucune idée de ce qui existe en la matière,
loin de la médiocrité des sites "dans l'air du temps"
d'aujourd'hui. Si tu trouves un jour sur un site concurrent une idée
qui te semble absolument géniale, mais qui nécessiterait de
ta part un nouvel apprentissage, laisse tomber. N'essais surtout pas de t'en
inspirer, car ce ne sont de toute façon pas les bonnes idées
qui attireront les internautes vers ton zine. Ce conseil est valable aussi
bien pour la présentation ou l'ergonomie de ton site que pour l'écriture
de chroniques.
Remarque: "apprentissage" est, comme "critique", un mot
clé de ce texte dont tu dois te méfier.
L'écriture
de chroniques. La matière principale du zine. Même si tu proposes
aussi beaucoup d'interviews (qui seront forcément identiques à
celles des magazines et des autres webzines) ou d'autres contenus (live reports,...);
c'est avant tout si les lecteurs trouvent les chroniques trop faibles que
ton zine aura vraiment des problèmes. Il faut donc éviter d'avoir
des chroniques trop peu convaincantes. Mais c'est facile! Trois cas possibles.
Cas 1: tu connais déjà beaucoup d'albums et tes goûts
sont semblables à ceux du public ou d'une partie du public. Cas 2:
tu connais déjà beaucoup d'albums et tes goûts sont assez
personnels. Cas 3: tu ne connais pas encore assez bien la scène.
Le cas 1 est le plus simple: tu n'as absolument rien d'autre à faire
que de serrer les fesses et écrire le max de chroniques, de manière
routinière et appliquée: tu trouveras toujours un public. Le
cas 2 est un peu plus compliqué. Si tu tiens absolument à faire
partager tes goûts bizarres, ne le fais pas sur ton super zine de débile,
car tu passerais alors pour l'huluberlu de service. Monte plutôt un
site sans aucune contrainte. Un site, collectif ou même personnel, qui
n'intéressera peut-être pas grand monde mais qui ressemblera
vraiment à une expression libre. Un site qui saura prendre position,
et qui mettra donc en confiance ses lecteurs, car sa démarche sera
claire. Un site qui fera vraiment découvrir des groupes excellents
à ceux qui sauront se pencher dessus!
Mais...
Mais mais...
Mais au fait! Tu n'es pas obligé de faire partager tes goûts
bizarres! Au contraire, toi, ce que tu veux, c'est la gloire! Reste donc plutôt
dans ton super zine de débile, et amuse toi à travestir suffisamment
ce que tu écris pour avoir l'air d'avoir les goûts "qu'il
faut". C'est à cause de cet effort d'imagination que ne pas avoir
les mêmes goûts que le public demande un peu plus de temps. Et
après tout, quand, dans quelques années, tout le monde aura
réalisé à quel point tu avais mal évalué
tel album, tu pourras toujours plaider le manque de recul. Et personne ne
mettra ta compétence en doute, car, après tout, il est normal
de manquer parfois de recul quand on chronique autant de sorties récentes!
Pour finir, le cas 3 se ramène à un des deux précédents.
Dans le cas 3, il faut que tu prennes un peu de temps pour découvrir
au moins quelques classiques, et quelques conneries à la mode. Tu sauras
à ce moment-là, et pas avant, si tu es en réalité
dans le cas 1 ou dans le cas 2. Et tu pourras alors commencer à écrire
des chroniques. Si tous les membres de l'équipe sont des newbies, il
y aura un retard à l'allumage. Sinon, pendant que tu découvriras
le metal, d'autres de l'équipe pourront démarrer le site tout
de suite.
Mais
encore faut-il avoir des disques à chroniquer. Il ne suffit pas de
chroniquer les albums qu'on a achetés soi-même et qu'on maîtrise
sur le bout des doigts. D'une part tu dois faire dans la quantité avant
tout. Le but n'est pas de satisfaire le plus possible des lecteurs pas nécessairement
nombreux, mais d'avoir le plus de lecteurs possible. Il faut donc ratisser
large, d'où quantité. D'autre part, n'oublie pas que ton zine
ne s'adresse pas à des connaisseurs (les connaisseurs, soit se passent
des zines, soit en ont un eux-mêmes). Ces métalleux-là
cherchent avant tout un équivalent gratuit de Metallian. Tu dois donc
chroniquer l'actualité, la couvrir pas mal. Tu dois par conséquent
recevoir des disques des labels (ou des groupes autoproduits qui sont donc
leur propre label) et les chroniquer, de manière à satisfaire
les labels (sinon ils arrêtent de t'envoyer leurs produits et c'est,
à moyen terme, la fin de la gloire pour toi). Là, il faut savoir
faire un peu de pub sur le web pour se faire connaître auprès
des labels (et des futurs lecteurs en même temps). Ce travail-là
peut être assez long et fastidieux. Et puis surtout, il ne faut jamais
perdre le sourire et toujours rester correct. Voilà pourquoi assurer
un minimum en communication est la (seule) qualité requise. Le reste
n'est que technique simple, expliquée tout de suite.
Quand un label t'envoie une grosse daube absolue, tu peux te permettre de
la casser car de telles daubes sont finalement assez rares (si tu as les même
goûts que ton public de débiles, ou, à la limite, si tu
prends le temps de faire semblant; sinon il ne fallait pas monter de zine).
Ainsi, tu pourras faire croire que tu as des couilles! Que tu n'es pas un
chroniqueur consensuel! Que tu es un défenseur de la qualité,
voire, n'ayons peur de rien, du bon goût! Quand un label t'envoie un
disque majeur, pas de problème, donne lui la note maximale ou presque
et écrit une chronique dithyrambique méritée. Ainsi,
tes lecteurs seront ravis de te voir reconnaître la superiorité
de certains chef d'oeuvres, et de pouvoir partager quelques références
au moins avec toi. Ils en oublieront tous les défauts de ton zine!
Mais que faire de tous les disques moyens, qui sont très largement
majoritaires même aux yeux de ton public de débiles? La solution
est simple. Plutôt que d'insister sur l'inutilité de l'album,
mets bien dans ta chronique en avant la moindre de ses qualités. Tu
feras ainsi d'une pierre deux coups: premièrement, tu feras plaisir
au label et au groupe trop heureux de pouvoir ainsi (espérer) vendre
leur produit sans intérêt. C'est nécessaire à la
survie de ton zine. Deuxièmement, tu mettras en avant à quel
point tu es un chroniqueur consciencieux, qui donne foultitude de détails
sur tout ce qui peut être sauvé dans un album. Bref, tu seras
considéré comme "pro", ou pas loin, par les autres
"pros" ou pros du milieu. Tant pis si tu n'as en réalité
pas plus d'oreille ou pas plus de culture que le métalleux le plus
débile, si tu n'as pas de légitimité plus grande que
la sienne à chroniquer des albums. Tant pis si les éventuelles
connaissances d'apprenti musicologue, ou d'apprenti musicien, que tu étales,
n'ont aucune pertinence aux oreilles des amateurs d'art, parfois bien plus
éclairés que toi, qui achètent (ou pas) les disques que
tu chroniques. Tant pis si tu participes à cette désinformation
qui asphyxie le web. Tu t'en fous: tu vas pouvoir satisfaire ta minable gloriole
de chroniqueur de zine! Tu seras félicité par des gens qui ne
te lisent de toute façon pas vraiment (car quand on lit beaucoup de
chroniques, on apprend vite à éviter les gros zines de débiles),
mais qui admireront ta science et ta capacité de travail! Au moins
t'es un bon gars qui se bouge le cul pour la scène! Pas un grincheux
qui passe son temps à critiquer et à polémiquer!
D'ailleurs il est hors de question pour toi de prendre tes lecteurs de haut
ou même de seulement leur laisser supposer que tu es là pour
élever le niveau, c'est à dire pour leur faire découvrir
des trucs auxquels ils n'auraient pas forcément pensé. Tu dois
au contraire les conforter dans leurs goûts, tout en leur apportant
quand même un semblant de nouveauté: l'actualité des labels
qui te font sous-traiter leur promo en échange d'une maigre rémunération
en CDs de merde. Tu seras une bonne pupute qui caresse à la fois les
labels et les lecteurs dans le sens du poil. Tu perdras vite le plus gros
de ta liberté d'expression. Mais tu t'en fous: tu pourras satisfaire
ta minable gloriole de chroniqueur de zine! Hein? Je l'ai déjà
dit? Mais... il faut bien répéter, et répéter
encore, jusqu'à l'auto-persuasion. Répète toi-même
ta leçon par coeur! Auto-endoctrine toi! Entraine toi dix heures par
jour s'il le faut! Objectif: ne jamais douter. Tu t'en rappelles?
Allez, avant de conclure, je te donne une dernière astuce. Dans ta
chronique, tu vas donner une note à l'album chroniqué. Si cet
album est un album moyen, ne lui donne surtout pas une note moyenne! Ce serait
honnête, mais, au cas où tu ne l'aurais pas compris, l'honnêteté
dans un webzine "pro" ne peut être que relative. Si tes notes
sont sur 10, procède comme suit: 10 à un album excellent ou
carrément hors-norme, 9 à un album bon mais pas super indispensable,
8 ou 7 à un disque moyen, et 6 au plus sinon. Ainsi, tes notes seront
en adéquation avec le contenu artificiellement gonflé du texte
de tes chroniques. Pense bien à réserver les notes strictement
inférieures à 5 à des disques que personne ne cherchera
à défendre tellement qu'ils sont métalliquement bizarres
(Et tant pis si ce sont des chefs d'oeuvre trop personnels pour tes chastes
oreilles conditionnées aux grosses ficelles! N'oublie jamais que tu
veux passer pour un gars honnête! Il faut donc bien que tu casses de
temps en temps!). Ou alors réserve les à des groupes déjà
établis depuis longtemps et qui vendent même quand ils récoltent
de mauvaises chroniques. Ca marche aussi. Et ça te rendra carrément
subversif et intègre!
Et, regarde bien... 100% des webzines à succès font ainsi! C'est
comme ça qu'on peut travailler durablement avec les labels! Simple
non? Mmmmmmhhhhh! Bonne pupute! Sois une bonne grosse pute et c'est la gloire
assurée!
Quand
on critique ton zine
Immanquablement, ton zine sera critiqué par quelques personnes au moins.
Même les chroniqueurs des autres zines, derrière leur sourire
à la "pas de concurrence entre nous", sous-entendront de
temps en temps, sur leur forum ou ailleurs, que leur webzine est meilleur
que le tien pour telle raison. Et tu n'oublieras pas de faire de même
avec eux d'ailleurs. Il y a une manière très simple de réagir
aux critiques. Première chose, commence par te persuader qu'elles ne
sont pas fondées. N'essais pas de comprendre pourquoi elles te sont
adressées. Celui qui les as émises est forcément à
côté de la plaque, puisque, quand même, tu travailles avec
les labels! Tu te bouges le cul pour la scène toi au moins! Et puis
d'abord, tes lecteurs sont satisfaits de ta prose dans l'ensemble! Surtout
ne te demande jamais quelle serait la bonne définition de "un
lecteur satisfait".
Voici une réponse à fournir à tes détracteurs:
"nous au moins on se bouge alors que toi tu te planques derrière
ton clavier et tu ne fais rien". Il y a aussi: "t'es jaloux",
"tu critiques pour des broutilles", "marre des trues qui se
croient au-dessus des autres" (c'est vrai que toi, tu ne te permettrais
pas de te croire au-dessus des autres, car une caractéristique d'un
bon chroniqueur, en plus d'être absolument génial dans ce qu'il
fait, est d'être un modèle de modestie, et d'aimer se faire admirer
pour sa modestie),... En gros, pour les réponses aux critiques comme
pour le contenu des chroniques, il te suffit d'observer ce qui marche ailleurs
et de pomper. Tu constateras vite, en parcourant les forums, que, en résumé,
la technique générale, à décliner à l'infini,
est une fois de plus très simple. Elle consiste à décrédibiliser
les arguments qu'on t'oppose en leur trouvant systématiquement une
explication suspecte comme seule explication possible. Ainsi, toute critique
sera expliquée par un manque d'objectivité de la personne qui
la formule. L'objectivité est encore un mot clé. Un mot clé
ami cette fois. Te réclamer d'elle est LE moyen de poser ton autorité.
Un véritable sésame qui te rendra invulnérable aux critiques
de loosers!
Conclusion
Et quand tu te sentiras invulnérable aux critiques de loosers, quand
ton zine moisi tournera à plein régime, vidant non stop les
couilles des labels comme des lecteurs, tu auras gagné! Il se pourrait
même que des lecteurs acquis à ta cause, qui n'auront jamais
connu de meilleure source d'information, te défendent eux-mêmes
contre les loosers ("Whaouh! Vous êtes géniaux! Vous écrivez
super bien! Grâce à votre zine j'ai découvert des groupes
comme Neurosis ou Opeth! Je n'aurais jamais découvert ces groupes sans
votre remarquable science!"). (N'empêche que, quand les défenseurs
les plus zélés d'un zine sont de tels newbies, il est clair
que l'équipe du zine a des questions à se poser!)
Tu pourras alors tomber dans un excès d'autosatisfaction béate
("notre succès prouve la qualité objective de notre boulot"),
mal masquée par une fausse modestie typique ("mais on sait que
notre zine n'est pas parfait, on ne prétend pas avoir la science infuse
nous au moins"). Simultanément à cette autosatisfaction,
l'intérêt et la fraîcheur de ton zine finiront de se diluer
dans la routine la plus plate, dans un ennui que tout le monde feindra d'ignorer,
principal signe et obligatoire conséquence de ta démarche calculée
de gros naze. Ouais, la seule chose qui te fera défaut, mais tu t'en
fous car tu auras la gloire et les groupies, c'est le plaisir (plaisir = mot
clé méfiance). Le plaisir d'écrire des chroniques libres,
et aussi le plaisir d'en lire, car les autres webzines en manquent autant
que le tien. Le plaisir également de découvrir, d'abord via
une chronique qui interpelle, puis par l'écoute, des albums jouissifs.
Des disques parfois essentiels qui passent inaperçus au milieu de l'avalanche
de gerbe des zines de nazes. Quand leur qualité ne leur échappe
pas complètement. Parfois leur existence même leur échappe.
Mais pour toute pute digne de ce nom, priorité à la satisfaction
immédiate des clients. Professionnel. Avant tout. Et objectif. Naturellement.
Dormez bien les imposteurs! Dormez bien les suiveurs!
Mots
clés amis: objectivité, pomper, professionnel.
Mots clés ennemis: apprentissage, critique, plaisir.