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Track
Listing
1
- 1977: Blood For Papa
2 - 1969: A Preditor Among Us
3 - The First Broken Promise
4 - 1440: Exit Wargasmatron
5 - 1066: Born On The Bayex
6 - 1946: The Last Renaissance Man
7 - 793AD: The Harrying of the Heathens
17.5/20 |
Quelque
chose est en train de se passer. C’est encore relativement discret
mais le phénomène prend petit à petit de l’ampleur.
Doucement mais sûrement. Inlassablement. Implacablement. La bête,
protéiforme, se réveille, se nourrit et grandit. La révolution
est en marche. Souterraine, elle tend à remonter vers des contrées
plus exposées, tend à se faire entendre. Cette révolution
n’est pas ou peu culturelle, encore moins politique. Elle est
musicale, artistique. Et elle est surtout difficilement qualifiable,
difficilement cernable, difficilement étiquetable. Depuis environ
5 ans, je vois les enfants des Swans, Neurosis, Unsane, Sonic Youth
et Godflesh naître et grandir. Ou alors je vois les plus vieux
se révéler davantage. Certains ont pris le temps (ou on
eu besoin de temps) pour grandir et se révéler à
un public moins obtus qu’avant. D’autres sont arrivés
au bon moment et ont su se faire une place au soleil sur leur seule
qualité artistique, créant leur propre effet de mode et
surtout, ne bénéficiant pas d’une mode jusqu’alors
inexistante ou concernant d’obscurs cercles d’initiés
plus mystérieux les uns que les autres. Je ne parlerai pas de
‘‘scène’’ puisqu’il n’en
est pas question ici. Et puis quelle scène d’abord ? Industrielle
? Noise ? Hardcore ? Black Metal ? Punk ? Oui et non. Les médias
spécialisés aiment à parler de post hardcore, ce
terme fourre-tout tellement pratique qui devient presque aussi détestable
et galvaudé que celui de post-rock.
Mais de quoi parle-t-il ? De quoi ? De quoi ? Mais de quoi donc ? Mais
de tous ces groupes plus ou moins récents qui commencent à
gagner le respect de leurs pairs, une certaine reconnaissance du public
(ce qui n’est pas forcément un gage de qualité)
et de la critique. Citons des noms puisque il n’y a pas d’étiquette
pour bien catégoriser ces groupes. Je parle des Breach, Isis,
Blut Aus Nord, Sunn O))), Dirge, Overmars, Impure Wilhelmina, Kill The
Thrill, Jesu, Cult Of Luna, Switchblade, P.H.O.B.O.S, Esoteric, Khanate,
5ive, Boris, Corrupted, Tantrum, Oxbow, Rroselicoeur, Knut, Axis Of
Perdition, Doppler, Keelhaul et dans des registres plus éthérés,
Godspeed You Black Emperor, Silver Mt Zion ou encore Mogwai. Peut-on
parler d’une scène bien spécifique suite à
l’énumération de ces groupes ? Et formellement,
quel rapport entre Blut Aus Nord et Mogwai ? Entre Axis Of Perdition
et Breach ? Aucun me direz-vous. Vous n’auriez pas forcément
tort. Mais pas complètement raison. Car finalement tous ces groupes
sont connectés les uns aux autres de par la sensibilité
qu’ils dégagent, de par l’aventurisme musical dont
ils font preuve (ou ont su faire preuve). Et puis il y a ce non conformisme
musical, cette volonté de faire son propre truc loin de tout
esprit commercial et marketing, se retrouvant souvent involontairement
sous les projecteurs sans avoir égratigné leur intégrité
artistique. Godspeed You Black Emperor ont été les premiers
surpris de leur énorme succès (même si j’avoue
détester 95% de leur public qui vient les voir parce que les
Inrocks ont dit il y a quelques années que c’était
le groupe à ne pas manquer), Mogwai se considère comme
un groupe de heavy metal basique, Sunn O))) se marre de la soudaine
hype qui les entoure (même s’ils savent parfaitement en
jouer) et tout comme leurs camarades d’Isis, les gens qui composent
ce groupe ont toujours été des architectes du son, au
même titre que J.K Broadrick. Quant à ceux qui sont plus
dans l’ombre, leurs albums, à défaut de connaître
un succès commercial colossal (loin de là, même
très loin la plupart du temps) reçoivent les éloges
de la presse (officielle ou non, virtuelle ou non) ou au pire un rejet
total, l’agressivité du chroniqueur ou du public correspondant
le plus souvent à son manque flagrant de culture et de curiosité.
Evidemment, la 2nde division commence à pointer le bout de son
nez. Combien d’ersatz de Mogwai ou d’Isis ? Toujours trop,
certes. Mais bon, on n’échappera jamais à ça.
Pas grave. Tous ces groupes rattachés à de quelconques
scènes post quelque chose sont là et font avancer le schmilblick.
Et surtout, même s’ils peuvent s’influencer mutuellement,
ils font preuve d’une identité forte et marquante. Ça
me rappelle l’émulation que pouvait (me) provoquer le death
metal à la fin des 80’s, où il y avait finalement
peu de codes et où tout était permis. Mais là,
j’ai le sentiment qu’on assiste à quelque chose de
plus riche, de plus fort émotionnellement. Et aussi de moins
communautaire. Laissons aux soit disant professionnels de la critique
l’ingrat travail de trouver une étiquette ou un nouveau
sous-genre. Parce que personnellement, à part utiliser des mots
à rallonges sur trois lignes, je me sens très peu capable
de définir le style des groupes précédemment cités.
Et j’ai le même problème pour Capricorns, je ne sais
pas comment présenter ce groupe. Post sludge rockin hardcore
punk metal stoner mes couilles sur ton nez ? Pas très vendeur
comme étiquette.
On va commencer par une brève bio du groupe, ça sera un
peu plus utile. En gros, Capricorns sont anglais, sont constitués
d’ex membres d’Iron Monkey, Orange Goblin, Bridge and Tunnel
et Duke Of Nothing, et sont signés sur Rise Above (Electric Wizard,
Unearthly Trance, Teeth Of Lions Rule The Divine). Ça vous avance
bien, hein ?
Peut être qu’en essayant de décrire la musique, ça
passera mieux. Déjà, mis à part l’inquiétant
The First Broken Promise, où le non moins inquiétant Eugene
Robison d’Oxbow pose sa voix, Capricorns est un groupe instrumental
affectionnant les structures à tiroirs, un certains sens du psychédélisme
et les belles mélodies enchevêtrées. Post Rock ?
Mouais… ça colle à la description bateau du style.
Mais faut aussi rajouter la lourdeur de la plupart des compos, les riffs
catchy, bien heavy et gras, le son à la chaude saturation sentant
bon les lampes qui chauffent, et un certain sens du groove. Stoner,
sludge ? Mouais aussi… La bio du label les présente comem
une sorte de mélange entre Amebix et Pink Floyd. Mais y a aussi
cette influence heavy voire thrash metal sous-jacente. Les harmonies
de certains passages me font par moment penser à Metallica à
l’époque de Master Of Puppets, certaines envolées
lyriques (des guitares bien sûr) auraient eu toute leur place
dans un groupe de NWOBHM, ne tombant absolument pas dans les travers
maidenesques si chers à cette nouvelle scène metalcore
(quelle horreur ! brûlez moi ces albums !). Non, Capricorns est
beaucoup plus intelligent que ça. Ça tient peut être
à l’âge et l’expériences de ses membres.
Tiens, c’est quelque chose dont j’ai oublié de parler
de ma longue introduction, l’âge et l’expérience
des musiciens. Et la culture musicale aussi. La plupart de ces gens
flirtent avec la trentaine quand ce n’est pas la quarantaine.
La plupart de ces gens ont joué dans d’autres groupes et
d’autres styles avant. La quasi totalité de ces gens ont
une culture musicale que la quasi totalité des reviewers, surtout
pro, devraient posséder. Baissez les yeux et matez vos pompes
mesdames & messieurs les journalistes car à travers quelques
notes, Capricorns et tous les autres groupes cités dans cette
chronique nous montrent avec une efficacité déroutante
qu’ils connaissent vraiment LA musique (ou LE rock dur si on veut
faire moins pompeux) et pas seulement celle à laquelle on veut
bien les rattacher. Tiens, j’ai trouvé un qualificatif.
Musique (post) extrême ! Mouhahahahahaha ! C’est con comme
c’est simple.
Ok, j’arrête, c’est nul. Revenons à nos caprins.
Tellement plus intéressants. Tellement plus intéressant
de voir qu’avec seulement deux guitares, une basse, une batterie
et quatre cervelles, on peut faire des choses incroyables, créer
un univers personnel ne ressemblant à rien d’autre tout
en assumant ses influences, tisser avec facilité des ambiances
passant de l’oppressant à l’exaltant, du glauque
au lumineux sans que cela ne paraisse téléphoné,
sans que cela ne paraisse allègrement pillé à un
glorieux aîné. Capricorns transpire l’honnêteté
musicale, l’intégrité artistique dans ce qu’elle
a de plus digne, la simplicité dans ce qu’elle a de plus
admirable et la complexité dans ce qu’elle a de moins fastidieux.
Pas de branlette ici. Pas besoin.
Juste un album magnifique, entraînant, aventureux. Juste un disque
qui se fout de ce qui l’entoure mais qui arrive en pleine période
d’un renouveau musical salvateur.
Je ne mise pas un centime sur l’intelligence des labels à
ne pas tenter de saturer le marché de cette ‘‘nouvelle
scène’’ et maintenir une certaine qualité
dans leurs sorties, loin de là, mais je fais confiance à
Capricorns et aux autres (cf. liste plus haut) pour avoir eu l’intelligence
de ne pas baliser grossièrement les pistes, de ne ressembler
à personne et d’outrepasser les limites de l’éventuelle
scène à laquelle on peut les rattacher (plus ou moins
sludge stoner pour eux). En plus de leur faire confiance, je les remercie.
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