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Tracklisting:
1 – Intro
2 – Whitney
3 – Dogman with horns
4 – Sister supreme
5 – Stew for the murder minded
6 – Shoot the pig
7 – Seven hours of angel food
8 – Seraphim
9 – Sawtooth grin
10 – Lamatations (in tribute to infamy)
11 – Your hours
19/20 |
Deux
ans ont passé. En deux ans, Bloodlet a subi une bien surprenante
mutation. Un guitariste en moins et un nouvel ingé son aux
commandes, ça se sent. Commençons déjà
par la production. Fini le côté sec et rugueux d’Eclectic
et Entheogen. Le son, signé Dave Clark, est ici gras, sourd,
pesant et oppressant. Plus saturé également. Impossible
de trouver un disque de ce style bénéficiant d’une
production similaire. Les guitares semblent s’être accordées
plusieurs tons en dessous et avoir foutu le gain au taquet, enlevant
de la pêche et de la précision mais créant une
sorte de rondeur, de masse sonore compacte et enveloppante. Le plus
étrange est cette impression de bourdonnement quasi permanent
qui vient se greffer à la musique.
La musique maintenant. Bloodlet a évolué. Les structures
des morceaux deviennent de plus en plus complexes et tortueuses. Le
hardcore new school barré d’alors laisse la place à
une espèce d’hybride noise métal unique, un ensemble
lourd nous entraînant dans le sillon de la chute de l’ange.
The Seraphim Fall est une chute continue s’étalant sur
près d’une heure, une descente dans un monde effrayant.
Mais la chute est longue, lente. Elle commence par une lamentation
de guitares et un claquement de portière puis apparaît
un riff tortueux (Whitney) qui semble tourner en boucle. Mais à
bien s’y pencher, on retrouve le syndrome Entheogen, à
savoir que rien ne tourne comme il faut, carré et droit. Les
mesures se suivent mais aucune ne tourne de la même manière
que sa voisine. Et pourtant ce sont les mêmes riffs. Sauf que
Bloodlet s’amuse à décomposer le temps et à
le recomposer à sa guise, à l’insu de tous. Mais
de manière encore plus subtile et vicieuse que sur Entheogen.
L’impression de descente est accentuée par l’apparition
de mélodies clownesques mais angoissantes ainsi que de notes
bizarres dont on se demande si elles sont jouées par une guitare
ou un piano (Dogman With Horns). En ce début d’album,
la chute se fait vertigineuse jusqu’au faussement rigolo Stew
For The Murder Minded et son riff enfantin. Riff enfantin repris et
distordu par un Shoot The Pig ô combien tordu. A partir de là,
la lourdeur se fait davantage oppressante. Vous pensiez que Bloodlet
tapait déjà fort au début de cet album ? Vous
n’avez rien entendu. Les morceaux commencent à se rallonger,
les structures deviennent encore plus sinueuses, les riffs s’enchaînent
et avec une facilité et une intelligence déconcertante
sans que l’on ne s’aperçoive de rien. Bloodlet
arrive même à intégrer une espèce de plan
grind ultra dissonant (Seraphim). Sawtooth Grin s’enchaîne
à Seraphim, s’enfonce encore plus profondément
dans les ténèbres en se permettant quelques incartades
en son clair (pas le genre à faire tomber les filles le soir
au coin du feu avec sa gratte sêche). Angelacos, qui braille
comme un damné avec sa voix si caractéristique, se permet
quelques expérimentations chantées. La guitare reprend
ses lamentations de plus belle, donnant un semblant d’air au
milieu d’un morceau terriblement éprouvant. Une ambiance
quasi aquatique (qui tient plus du marais stagnant que de l’océan)
se dégage en cette fin d’album. Enorme ! Mais ce n’est
pas fini, les plans continuent à se succéder jusqu’à
l’étrange Lamatation, sorte de bidouillage… dub…
pour essayer de le décrire, avant de retomber dans le monumental
Your Hours, longue épopée pré achevant ce voyage
quasi mystique. Ceux qui ont tenu jusqu’à ce stade de
l’album doivent frôler l’état de transe.
Le morceau se termine. L’ange est-il arrivé au bout de
sa chute ? Presque. Il faudra patienter pendant quelques minutes avant
qu’un long morceau acoustique, à proprement parler terrifiant,
ne vienne percer le silence et conclure en beauté (noire) un
album dantesque.
Cerise sur le gâteau, malgré une pochette toute noire
avec juste le logo (remanié) du groupe, l’heureux acquéreur
de ce disque se verra en possession d’un superbe livret agrémentés
de dessins bien flippants et d’une mise en scène très
Reservoir Dogs de la part des musiciens. Les paroles, ponctuées
cette fois, sont également imprimées mais n’en
demeurent pas moins hermétiques, versant dans une sorte de
mysticisme que j’avoue ne pas avoir creusé en profondeur.
Bloodlet signe ici un album monstrueux, unique qui s’avère
être une véritable expérience sonore. The Seraphim
Fall est un album d’une richesse inouïe qui regorge de
surprises à chaque écoute. Culte !
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