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Tracklisting:
1 – Brainchild
2 – Something wicked
3 – Annulment
4 – One and only
5 – Shell
6 – CPAI-75
7 – The triumph
8 – Eucharist
9 – 95
10 – CPAI-76
16/20 |
Victory
records avait eu du flair en repérant Bloodlet et en rééditant
leurs EP sous forme de CD discographie. Confirmation de ce reniflement
bien senti (sans jeu de mot facile de ma part) avec ce premier véritable
album au titre énigmatique d’Entheogen.
Démarrage sur les chapeaux de roue avec un Brainchild tendu
comme un string. Bloodlet affine et affirme son style, se démarquant
avec brio de tout le reste de la scène hardcore new school.
Les guitares se font encore plus dissonantes et expérimentales,
tapant dans des sonorités que les fans du label Amphetamine
Reptile ne renieraient pas. La voix est radicalement hermétique,
monocorde et perpétuellement hurlée. C’est peut
être le principal point noir de cet album d’ailleurs.
Mais dans un sens, le timbre si particulier d’Angelacos contribue
fortement à l’identité de Bloodlet. Et puis il
y a cette section rythmique et surtout ce batteur, quitte à
me répéter de chronique en chronique. A défaut
d’être un technicien exceptionnel, Charles King possède
un jeu très personnel, plein de finesse et d’imagination
qui apporte un plus non négligeable à l’univers
de Bloodlet.
La traversée d’Entheogen est ardue, chaotique, Bloodlet
jouant sur les cassures, les ambiances tendues et malsaines et les
petites mélodies entêtantes. Et puis il y a ce ‘‘faux
groove’’, cette impression que certains riffs sont fait
pour faire mosher les kids mais quand on les écoute de plus
près, on s’aperçoit qu’ils sont bancals,
bourrés de contretemps tous plus louches les uns que les autres.
Traversée difficile, donc, jusqu’à The Triumph,
épique morceau de plus de 9min où Bloodlet se permet
de taper dans le lourdissime et les parties rapides, très thrash.
Mais c’est surtout la construction de ce morceau qui est hallucinante,
avec ce passage central, instrumental, s’étalant sur
plus de 6min comme si de rien n’était. Ça commence
par une partie assez heavy où les guitares se répondent
dans un dialogue à contretemps versant peu à peu dans
la dissonance. Et progressivement on s’enfonce dans le morceau
jusqu’à se retrouver au beau milieu d’un passage
en son clair, très mélodique et apaisant pour enfin
repartir sur le riff du début de morceau. Rien que ce morceau
justifie la possession de cet album. A propos de possession, on ne
peut qu’apprécier la superbe pochette, tableau représentant
des créatures mi-anges mi-démons, apparemment bien torturées.
Superbe objet. Les paroles ont l’air bien travaillées
du bulbe également. Mais l’absence de ponctuation nuit
à leur compréhension.
Bloodlet signe avec Entheogen un premier album de très bonne
qualité, faisant fi des codes et gimmicks inhérents
à la scène musicale à laquelle on peut les rattacher.
Bloodlet expérimente, se donne les moyens d’explorer
de nouveaux territoires sonores et d’enrichir ainsi sa musique.
Malheureusement, à une époque où Snapcase et
Earth Crisis tenaient le haut du pavé, difficile de se faire
une place au soleil. Cet album passera relativement inaperçu.
Il est grand temps de lui accorder l’attention qu’il mérite.
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