BENIGHTED
LEAMS - Astral Tenebrion - 1998 (
Supernal
Music ) |
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Astral tenebrion 13/20 |
Plus
j'avance dans la découverte de l'univers très personnel
et hanté de Alex Kurtagic, moins j'y comprends quoi que ce soit
(?), et plus je le trouve fascinant. Astral tenebrion est tout sauf un
disque facile d'accès, avec ses cinquantes minutes pendant lesquelles
on a le temps de vieillir, plongeant l'auditeur dans une oeuvre complexe
de black metal simpliste. A première vue, la musique est fastoche
et linéaire, le niveau technique éventuellement risible
(je dis éventuellement car ceux qui iront jusqu'à le qualifier
de la sorte ont sans doute déjà des problèmes avec
des artistes nettement plus audibles comme Burzum). Seulement voilà,
comme j'ai pu le lire je ne sais plus où -- pas sur un webzine
de djeunz en tout cas --: "I have never heard black metal played
like this". Hé ben moi non plus j'ai never heard du black
metal joué like this. C'est là qu'il faut se reposer la
question de ce qu'est la technique, et en premier lieu: est-elle unique?
Parce que les sonorités sont finalement parfois si inédites,
l'immersion si profonde et si féconde en images troublantes et
autres sensations étranges, qu'affirmer péremptoirement
qu'il y a peu de travail là-derrière ou que la technique
est inexistante, fait avant tout passer pour une brute épaisse
qui n'a rien compris à ce qui se passe dans ses oreilles. J'ai
plutôt l'impression que Alex a au contraire développé
une technique au point, mais qui est simplement la sienne, unique, personnalisée
jusqu'à devenir infalsifiable, et même indétectable
par les brutes épaisses. Et si cette technique, qu'elle soit rudimentaire
ou très poussée (n'étant pas musicien du tout, j'aurais
du mal à trancher la question), se remarquait tout simplement ailleurs
que là où on a l'habitude de la chercher? Et de toute façon,
le niveau de complexité de la musique proprement dite n'est-il pas moins déterminant que celui de l'esprit de son créateur? Car ici, ce qui paraît indéniablement complexe et intéressant, c'est la pensée qui a engendré Astral Tenebrion ou encore Ferly Centesms, l'album de 2004 déjà chroniqué dans les parages. Vous voulez que j'essais de résumer cette pensée? Ca serait difficile. D'abord parce que j'ai l'impression de ne rien y comprendre, et ensuite parce qu'il me faudrait un véritable talent d'écrivain que je n'ai pas pour vous permettre de seulement la toucher du bout du doigt. (Car les lecteurs de notre webzine ont ceci de particulier: ils n'ont qu'un doigt. Ils ont rongé tous les autres à force d'écouter des disques de malades) A défaut de mieux je vous propose donc une description à la fois imagée et terre-à-terre. Imaginez un black metal essentiellement atmosphérique, avec des guitares aigües et parfois sujettes à un assombrissement et à un refroidissement brutaux, un peu, mais alors de loin, comme celles de Bethlehem (vous vous souvenez de la fin glaciale de "The eleventh commandment" sur Dark metal? vous voyez alors un peu, mais alors vraiment un peu, l'idée) Des images d'un moyen-âge enchanté nous viennent alors à l'esprit, en même temps que des images de l'univers lointain. Tout cela est plutôt paisible, magique, et un brin nostalgique (la voix claire surtout: un chant "sans technique", "risible", mais inimitable et adéquat). De temps en temps pourtant, alors qu'on plane dans un monde amical, on entrevoit tout d'un coup un petit bout des ténèbres. Ainsi, régulièrement dans ce disque, le ton rassurant disparaît et on se retrouve comme projeté dans un autre monde, inconnu et autrement plus inquiétant, ce qui est prétexte à des expérimentations sonores inattendues et marquantes. Je pense par exemple au passage de trois minutes trente de "Stellar desideration" où on n'entend presque plus que des murmures sur fond de sonorités opaques et bizarres... on tend alors l'oreille et là, surprise, c'est plein de relief, varié, et surtout bien flippant! A vous de découvrir les autres joies de Astral Tenebrion! |