Retour
des maîtres du sludge Japonais pour un véritable album
après une multitude de split 7’’ et une réédition
bienvenue de ‘‘Paso Inferior’’ en vinyle.
Avant d’entamer la chronique de ce disque, il me semble important
de faire un rapide historique de ses conditions de sortie. Initialement
sorti en vinyle 12’’, cet album était uniquement
disponible par correspondance auprès du label au prix exorbitant
de 30€ + le port (qui n’est pas donné quand ça
vient d’aussi loin que le Japon), impossible d’en échanger
ou d’en acheter en wholesale pour les distros. Impossible aussi
d’en acheter plus de 2 exemplaires par personne. Evidemment,
ce 12’’ tiré à 1000 exemplaires s’est
vendu comme des petits pains. On peut se demander quel intérêt
il y a à avoir de telles pratiques si ce n’est spéculer
sur un objet finalement vendu comme un collector. Bref…
Heureusement pour moi et de nombreuses autres personnes soit pas assez
rapides soit qui n’avaient pas envie de jouer au collectionneur
fou, ce ‘‘Se Hace Por Los Suenos Asesinos’’
a été rapidement réédité en CD.
Revenons maintenant à nos moutons. Un album de Corrupted, c’est
quelque part un évènement en soi. Ceux qui connaissent
leurs précédentes longues réalisations savent
que ces mystérieux Japonais sont capables d’écrire
la bande son de l’Apocalypse les doigts dans le nez. C’est
donc un brin fiévreux que j’insère la rondelle
en plastique dans mon lecteur. Cet album est plus court que d’habitude,
moins de 40 min pour 3 morceaux.
Premier morceau : Corrupted expérimente et s’essaye à
l’acoustique sur plus de 17 min. Ce n’est pas sans me
rappeler les débuts de Steve Von Till en solo mais en plus
lent, plus sombre, plus crade et beaucoup plus dépressif. Get
the point dude ? Eh ouais, pas fait pour rouler des pelles autour
d’un feu sur la plage ce morceau, à part pour essayer
de ranimer un noyé qui de toute façon ne reviendra pas.
En résumé, accords mélancoliques à souhait,
voix gravissime et ambiance plombée à mort. Le deuxième
morceau est du Corrupted on ne peut plus classique, ultra lourd et
gras/ve, répétitif, qui s’étale sur 10
min. Bien mais rien de nouveau sous le soleil. Quant au troisième
et dernier morceau, il est là pour ramener un peu de fraîcheur
à ce disque. Corrupted essaye de rocker (comprendre jouer à
plus de 40 bpm) et s’en sort pas mal pour ces 7 min de sludge
aussi fin qu’un rouleau compresseur lancé en pleine pente.
Les paroles sont à l’image de la musique, très
sombres et pessimistes. Elles soulèvent quelques questions
sur les dégradations que subit la Terre, la folie des humains
et leur soif de profit et de pouvoir. Les textes sont soit en Japonais,
soit en Espagnol, traduits dans un Anglais approximatif.
Un effort a été fait pour le packaging, sorte de digipack
un peu plus grand que la normale des CD. L’artwork est évidemment
en noir et blanc, on ne déroge pas à la tradition, avec
cette petite touche graphique anarco-punk que le groupe cultive depuis
ses débuts.
Suite à plusieurs écoutes de cet album, je suis un peu
déçu par ce dernier Corrupted. Je n’y retrouve
pas toute la grandiloquence apocalyptique développée
par ‘‘Llenandose de Gusanos’’ et ‘‘Paso
Inferior’’, où les morceaux prenaient le temps
de se construire sur plus de 40 min, où la répétitivité
des (du ?) riffs tenait du génie hypnotique. Ici, mis à
part le 1er titre vraiment très bon, Corrupted fait du Corrupted
de petit format alors qu’il a toute la place pour s’étendre.
Dommage.